Interview diffusée dans l'émission "L'Accord Parfait" du 08/07/2025. Pour ceux et celles qui seraient tombé(e)s sur cette page via un moteur de recherche, la page de l'émission est https://laccordparfait.pbechoux.be/. L'émission est disponible à la réécoute sur le site de la radio : https://www.radioara.org/show/laccord-parfait/

L'Accord Parfait : 
Dans "L'Accord Parfait" on accueille Stéphan, Connu comme étant membre de Dionysos, il a un grand nombre de projets parallèles dont on va parler aujourd'hui.
Stéphan vient de sortir un album solo et était il y a peu à Anlier, à L'ancienne Fée Verte. Je vous parle souvent de ce lieu, notamment dans mes posts Facebook, puisque j'y vais régulièrement. C'est aussi l'occasion de faire quelques petites photos et de découvrir des artistes divers et variés dans une ambiance vraiment top.
Comme j'ai pu y découvrir Stéphan, en tout cas son projet solo, à cette occasion-là, j'ai demandé une petite interview.


Pascal Bechoux (pour L'Accord Parfait) : Bonjour, Stéphan.
Stephan : Bonjour, Pascal.

PB : Merci d'être avec nous. Comme je viens le dire, tu viens de faire un premier album. Après un "trois titres", et aussi un projet collectif (The Folk Machine), tu fais aussi partie de Dionysos, mais aussi de beaucoup de projets parallèles : Corleone, Tango Juliett, Devyver, Les fils de joie... Et je suis sûr que j'en oublie...  Et j'ai aussi vu par hasard que tu avais fait, je crois, les concerts de la tournée de Statics il y a déjà quelques années...
S : Tu connais Statics ?

PB : Oui, le groupe de Pierre Rougean...
S : Ah, c'est génial. Ca me fait très très plaisir. D'autant plus que, en fait, Pierre, je l'avais encore hier soir au téléphone, car on travaille encore ensemble. On a une structure qui s'appelle Trajectoire, lui et moi. Et cette structure porte l'antenne des iNOUÏS du printemps de Bourges en Occitanie. Et donc, je travaille très régulièrement avec lui. Cette structure, Trajectoire, fait de l'accompagnement et du développement d'artistes. Lui est plus axé sur la direction artistique et moi, sur le coaching, puisque je suis également coach scénique. C'est quand j'ai joué avec Staticss que l'on s'est rencontré, et ça, c'était un 98.

PB : Est-ce que c'est Statics qui t'a lancé dans le milieu ? Parce que là, tu avais déjà, je pense, 28/29 ans. Donc comment as-tu débuté ?
S : Il y avait eu un projet avant qui s'appelait Superpop. C'était un projet avec un mec qui s'appelle Eric et qui jouait dans les Rosemary's Babies. Un groupe de Toulousein qui était signé chez Boucherie Production à l'époque. Ça a été vraiment le premier projet dans lequel j'étais vraiment professionnel. Là, j'avais 25 ans, c'était 95. C'est le premier projet un peu sérieux. Et puis Superpop s'est arrêté. A ce moment-là, j'ai joué avec Pierre dans Statics. Et juste après ça, quand Pierre a commencé à composer son deuxième album, j'ai rencontré les Dionysos. Et je suis parti donc en tournée avec eux.

PB : Tu es de Toulouse et eux sont de Valence. Comment s'est faite la connexion ?
S : J'avais des copains de Toulouse qui avaient un groupe, les Bubblies. Ils connaissaient bien les Dionysos et un jour, j'étais parti avec les Bubblies sur trois concerts. Comme je n'étais plus en tournée, je les accompagnais pour donner un coup de main. A la fin du troisième concert, comme j'avais aussi donné des coups de main aux Dionysos et qu'ils venaient de sortir Haïku, ils avaient une grosse tournée. Ils cherchaient un régisseur et m'ont proposé le poste. Je ne savais pas trop bien ce que c'était, mais j'ai proposé d'essayer. Et puis je n'ai plus jamais quitté cette équipe-là...

PB : Au final, tu as donc exercé plusieurs rôles dans Dionysos.
S : Tour manager, backliner, etc. Mais rapidement, comme ils savaient que j'étais musicien, ils m'ont fait jouer. Au bout de trois mois, ils m'ont dit : "toi qui es musicien, tu ne veux pas jouer du piano sur le premier morceau du rappel ?". Je leur rappelle que j'étais bassiste et pas pianiste. Mais ils m'ont dit  que ce n'était pas grave, qu'eux non plus ne savaient pas jouer du piano !. Et donc je me suis retrouvé à jouer du piano. Et puis, de fil en aiguille, un morceau, puis deux, puis trois, puis la moitié du concert. C'est à ce moment-là que j'ai lâché la régie pour devenir musicien dans ce groupe-là. Après, j'ai intégré le groupe. Cela s'est fait très progressivement et très naturellement.

PB : Est-ce que tous tes différents projets se calquent autour de l'agenda de Dionysos, parce que c'est le groupe qui a la plus grande visibilité ? Comment ça se passe ?
S : Oui, exactement. Depuis plusieurs années avec Dionysos, on a des calendriers relativement précis. Donc on sait quand on va être pris et c'est clair qu'en période de "Dionysos", quasiment tous mes projets sont un peu en sommeil, à part deux, trois trucs un peu importants. Et quand Dionysos s'arrête, par contre, c'est le moment de relancer tout le reste.

PB : Matthias prend beaucoup de lumière, parce que c'est beaucoup lui qu'on entend en interview principalement. Est-ce que c'est lui qui donne les grandes directions musicales ? Est-ce que les impulsions viennent de tous les membres ? Et est-ce que c'est facile de suivre, entre guillemets ? 
S : Très clairement, le moteur c'est Matthias, on ne va pas se le cacher. C'est lui qui amène les idées de morceaux et après, on monte les morceaux tous ensemble, comme un vrai groupe. Mais l'idée de départ, c'est quasi systématiquement une idée de Matthias. C'est lui qui insuffle l'énergie, les idées, etc. Mais après, en termes de musique pure, c'est vraiment un travail de groupe. Il a l'élégance de nous offrir les morceaux. Il arrive avec chaque fois une trame guitare-voix, ou piano-voix, ou ukulélé-voix. Et après, nous, on s'approprie le morceau et on a vraiment le champ libre. Il a cette élégance-là de nous dire : "Voilà l'idée, voyons ce qu'on en fait tous ensemble".

PB : Avant de parler de ton projet solo, je propose de parler de quelques-uns de tes différents autres projets. En commençant par Corleone, projet avec Armand González, le chanteur de Sloy. Est-ce que tu peux raconter un peu l'historique de ce projet ?
S : Corléone, c'est arrivé vers 2009-2010. J'avais rencontré Armand González, le chanteur de Sloy, au cours d'une soirée chez un ami commun. Après cette rencontre, il me rappelle et me demande si cela me dirait de faire de la musique ensemble. C'était avec grand plaisir et une certaine fierté ! Il avait quelques idées de morceaux et je me suis retrouvé chez lui durant deux jours, à jouer les idées de morceaux, j'ai amené également quelques idées. 
Au bout de ces deux jours, on se dit que ça serait bien qu'on ait un batteur. J'ai suggéré Rico, le batteur de Dionysos. Car il était très très fan de Sloy. Et j'étais sûr que si on lui proposait le poste de batteur dans ce groupe-là, il dirait oui instantanément. Et c'est ce qui s'est passé. Et ça a été une super aventure : deux albums, une très très belle tournée sur le premier album. On a fait des belles premières parties... Une super aventure. On s'est bien marré. Après le deuxième album, on a senti que ça s'essoufflait un petit peu, qu'il y avait un petit peu moins d'engouement. Et on s'est dit "bon, voilà, on a fait ce qu'on avait à faire et restons-en là". On est toujours très très amis. Armand, je le vois très régulièrement. Corleone, c'était une super aventure, vraiment. Un power trio, qui contrastait vraiment avec ce qu'on vit avec Dionysos, où on est beaucoup sur la route. Là, on était tous les trois dans le camion, à l'ancienne. C'était vraiment chouette.

PB : Tu joues également dans le groupe toulousain "Les fils de joie", groupe des années 80. Comment est-ce que tu as intégré le groupe ? Parce que j'imagine que tu n'étais pas dans le groupe d'origine.
S : Je suis né en 70. Ils ont commencé en 78 et le groupe s'est arrêté en 86. En fait, c'est le moment où moi, j'ai 16 ans et je commence à aller voir des concerts à Toulouse. C'est le moment où je commence à faire de la musique, où j'ai mon premier groupe de lycée, etc. Et à cette époque-là, pour moi, "Les fils de joie", c'est le groupe mythique de Toulouse. Et c'est aussi le groupe qui a splité avant que je puisse les voir... Je connaissais les morceaux de toute ma vie jusqu'à il y a quelques mois. Ils chantent "Adieu Paris", morceau que j'adore, etc. Il y a deux ans, je crois, Olivier, le chanteur, sort l'album qui n'était jamais sorti. Je me précipite pour l'acheter. Ravi d'avoir mon album des "fils de joie", l'album qui devait sortir à l'époque et qui n'était pas sorti. Et puis, ils commencent à faire des concerts. Et il se trouve que le mec qui joue de la batterie avec eux, je le connais. Il s'appelle Guillaume Thiburs. Il n'est ni plus ni moins que le cousin d'un des deux chanteurs de Tango Juliett, un de mes autres projets. Un jour, je lui fait remarquer qu'il joue quand même avec un mythe ! Lui, il est plus jeune que moi. Donc, il est né au moment où le groupe a splitté et cela lui parle moins...  Alors ça le fait marrer. Et il en parle à Olivier, le chanteur des "fils de joie". Il se trouve que "les fils de joie" ont prévu de faire un concert à Toulouse, au Métronome. Et il dit à Guillaume : "Pour ce concert-là, de toute façon, on n'a pas prévu de première partie. On a en prévu d'inviter tout pleins de gens à jouer avec nous. Invite-le à jouer avec nous." Je reçois alors l'invitation de faire 2-3 morceaux à la basse avec "les fils de joie". J'étais complètement ravi. Ce concert au Métronome, devant 400 personnes, est génial. Un concert de plus de deux heures, une grande fête. Et suite à ça, Olivier m'a rappelé pour me proposer de jouer du clavier avec eux. J'ai fait un peu la même réponse qu'à Dionysos en disant que mon niveau clavier n'était pas très élevé. Mais ils m'ont pris quand même. Et je suis actuellement en train de bosser à fond le répertoire des "fils de joie" où je ferai moitié clavier, moitié guitare folk. Et je vais faire officiellement mon premier concert le jeudi 3 juillet, près d'Angoulême ! Et on bosse sur le prochain album. Il y a des nouvelles compos... J'ai intégré "les fils de joie" et je n'en suis pas peu fier ! C'est beaucoup de travail, mais je suis vraiment ravi.

PB : En écoutant les différents projets auquel tu as participé, j'ai découvert le groupe Tango Juliett (que tu viens de mentionner), que j'ai franchement adoré ! Mais il n'y a pas l'air d'avoir des nouvelles depuis quelques années. Qu'en est-il exactement ? Il y avait un album annoncé, et j'ai l'impression que c'est un 5 titres qui est sorti. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ce projet ?
S : Il y a eu un EP. Et sur ces entrefaits, un des deux chanteurs, Camille (donc le fameux cousin de Guillaume, le batteur des "fils de joie") a eu la bonne idée de rencontrer une française qui habite à Göteborg, et donc il a déménagé à là-bas. Et donc, Tango Juliett, je n'ai pas envie de te dire que ça s'est arrêté définitivement, parce qu'on ne sait jamais, et si jamais Camille revenait en France, je pense que le groupe repartirait de plus belle, mais pour l'instant, Tango Juliett est en pause. Mais les trois rescapés, c'est-à-dire Steve, l'autre chanteur, Flo, le batteur, qui joue également sur mon album, et moi-même, on joue pour le projet solo de Steve, qui s'appelle Astromilk, que je t'invite à aller écouter également. On est dans quelque chose d'un petit peu plus musclé, d'une musique un peu plus 90s, mais avec ce même esprit de mélodie. Donc, Tango Juliett, on va dire "en pause", pour l'instant, mais allez écouter Astromilk, en attendant !
On est tous très amis. Flo, c'est lui qui fait les batteries sur mon album. On a même pour projet d'un concert à Toulouse où je ferais la première partie d'Astromilk, et en fait, on ferait tous les concerts, tous les trois, c'est-à-dire que Flo et Steve m'accompagnerait sur mon projet solo, et après on ferait un concert d'Astromilk où Flo et moi, on ferait la rythmique.

PB : Sinon, venons-en un peu au niveau de tes compétences de multi-instrumentistes. Au départ, c'est la basse, mais il y a la guitare, le banjo, le ukulele, les claviers, la scie musicale, le thérémine, le glockenspiel...

S : Voilà, tu n'en oublies pas beaucoup, je pense. Un peu d'harmonica, comme tu as pu voir lors de mon concert.
A quatre ans, mon père me met une guitare dans les mains. Je prends des cours de guitare, ça me saoûle. A 8 ans, j'arrête tout. Et à 16 ans, au lycée, en seconde, je joue dans mon premier groupe de rock. Mais le problème, c'est qu'il y a déjà trois guitaristes. Donc, je vais prendre la basse à ce moment-là. Après, je reste à la basse, dans les groupes dans lesquels j'ai joué. Mais, par contre, je suis un bassiste qui a toujours, toujours, toujours, toujours joué de la guitare. Pour moi, ce n'est pas possible de ne faire que de la basse. 
On va dire que je suis guitariste/bassiste. C'est vraiment à peu près au même niveau. Je suis entièrement autodidacte. J'ai dû prendre 5 heures de cours de basse dans ma vie, et à peu près pareil, de guitare. Juste pour apprendre les bases et après, complètement autodidacte, tout à l'oreille. Je ne sais pas lire la musique.

PB : En parallèle, on y arrive, tu as ton projet solo. Je vais pas dire qu'il a mis du temps à se concrétiser mais si j'ai bien compris, ton projet existait déjà du temps de MySpace. Tu avais déjà une page MySpace avec Stephan ?
S : Ah oui mais il existait même avant Internet je crois. Ce projet-là, il naît d'une rupture amoureuse en 1998. Donc je pense que mes premières compos arrivent tout début 1999.

PB :Et sur l'album de 2025, il y a des choses qui restent de cette époque-là ?
S : Oui, "Grey Clouds And Lightning", "Dreams". Ces deux-là sont parmi les premières. Ce sont celles qui parlent de cette rupture amoureuse qui a déclenché ce projet-là. Mais après, il y a des morceaux beaucoup plus récents : "Don't Pretend To Be My Friend", "Country Walk."  Et en fait, pourquoi ça ? Parce que ce projet-là, c'était mon projet solo. J'ai fait quelques concerts avec ce projet-là, mais je ne suis jamais passé au stade d'enregistrer un album. J'ai maquetté des trucs, mais je n'ai jamais trop franchi le pas. C'est "grâce" ou "à cause" de Forest Pooky, en fait, avec qui j'ai fait, donc, ce projet "The Folk Machine" (ndlr : avec lequel il avait déjà joué à l'Ancienne Fée Verte). C'était il y a 3 ans. Forest me dit : "Je fais une tournée de concerts chez les gens. Est-ce que ça te dit que de le faire avec moi ?" Donc pour cette tournée, là, on croisait nos répertoires. C'est-à-dire que je jouais sur ses morceaux et il jouait sur les miens. Et il y a un troisième larron qui s'est greffé dans l'histoire, Panic Monster (Olivier, qui est également le chanteur de Dead Pop Club et de Maladroit avec Forest Pooky aussi). Et nous voilà partis pour trois tournées de 10 dates en France et Belgique en 2022. Et on a enregistré ce EP de Folk Machine. D'ailleurs, le EP est enregistré par Steve Ziane, qui est le chanteur de Tango Juliett et d'Astromilk et enregistré chez Flo, le batteur de Tango Juliett et d'Asromilk. Et pendant cette tournée-là, Forest me demandait ce que j'attendais pour sortir un album avec mes morceaux et partir en tournée. Il m'a mis des grands coups de pied au cul ! Pendant la tournée "The Folk Machine", j'enregistre le premier EP, qui s'appelle "Country Walk". Un petit galop d'essai pour bosser avec Philou Barandiaran, pour voir un petit peu comment ça se passe. On fait ce "trois titres". Je suis ravi de comment ça se passe. Des partis pris qu'il prend en termes de production, etc.
Dans la foulée, on fait l'album. Et donc, cet album-là, je l'ai enregistré avant de faire le dernier album de Dionysos, "Lextraodinarium". Je l'ai donc fait il y a deux ans, cet album. Et comme je savais qu'il y avait la tournée de Dionysos qui arrivait, je l'ai mis "au frais". Pour faire la tournée de Dionysos tranquillement. Et une fois la tournée terminée, on a enchaîné avec cet album. Voilà un peu l'historique pour cet album. Je ne regrette pas une seule seconde. Je n'ai de cesse de remercier "Forest" de m'avoir mis des grands coups de pied au cul. Parce que je suis tellement heureux avec ce disque, avec ce que je vis avec ça depuis quelques mois, c'est super !

PB : L'album est auto-produit, c'est une volonté ou difficulté pour le type de musique proposé ? Est-ce que tu as cherché beaucoup un label ou tu t'es dit "Autant le faire en auto-produit car ça ne va pas intéresser la grande majorité" ?
S : C'est exactement ça. C'est voulu. Sur le ton de la blague, je dis tout le temps ça : "Imagine un mâle blanc de plus de 50 ans qui fait de la pop-folk un peu mélancolique en anglais. En France, ça n'intéresse quasiment personne. Qui va mettre des billes là-dessus ? D'une part, je le comprends et d'autre part, je l'accepte complètement. Partant de ce postulat, je me dis que ce n'est pas une raison pour ne rien faire. Donc je le produis moi-même. Je fais attention que ça ne me coûte pas une fortune, mais j'avance. Si je commence à démarcher et attendre et puis prendre un rateau sur rateau et me flinguer le moral. Parce que, évidemment, ça n'intéresse pas l'industrie, parce que, évidemment, ce n'est pas rentable... Autant faire les choses soi-même. Après, çela ne m'a pas coûté une fortune, ce disque. Mais au moins je l'ai fait tout seul, je m'auto-finance tout et je me débrouille tout seul et je tourne tout seul. Je trouve mes concerts tout seul et tout va bien. Je n'ai de comptes à rendre à persone et ça marche comme cela, en fait.

PB : Après le 3 titres, tu as fait l'album en reprenant 2 titres de ce 3 titres en les réenregistrant, avec une partie rythmique. Quelle était l'optique en réenregistrant ces morceaux ?
S : Je me suis dit que ces deux morceaux-là, je ne voulais pas les laisser sur le côté. Je les trouvais pas mal. J'avais envie de m'amuser à les réenregistrer avec une petite section rythmique pour leur donner une deuxième vie. Donc, ils sont sur l'album, dans des versions assez différentes.

PB : Maintenant, la batterie n'est pas forcément en avant.
S : C'est complètement voulu. C'est vraiment dans l'optique de disques d'Andy Shauf, c'est-à-dire que la section rythmique est là pour faire un petit soutien et qu'il se passe des trucs un petit peu derrière, mais il ne faut pas que cela prenne le pas sur la guitare, sur la mélodie, etc. Ça fait partie de l'arrière-plan.

PB : En concert, tu as fait une tournée de 10 dates juste voix/guitare. Est-ce que tu n'as pas prévu des concerts en groupe ou alors avec de parties enregistrées avec des loops ?
S : Les loops ou des trucs préenregistrés, je n'ai pas envie de ça. Si je fais des concerts, moi, il faut que tout soit joué, sur l'instant. Je me suis posé deux secondes la question de mettre des trucs en boucle, mais je n'ai pas envie. Je veux vraiment de l'émotion pure, des trucs où tout est joué, tout est interprété sur l'instant.
Et alors en groupe, comme je te le disais tout à l'heure, il n'est pas exclu qu'avec Astromilk on fasse des plateaux ensemble et qu'à ce moment-là, Steve et Flo m'accompagneraient. Mais même dans ce cas-là, il n'y aurait pas de batterie, Flo joueura des percus, du glockespiel, des trucs comme ça. Mais je n'ai pas envie de l'orchestrer plus que cela. Il faut que cela reste très acoustique. Et après, très clairement, en tournée, pour des raisons purement économiques, tout seul c'est hyper rentable, à trois, ça ne l'est plus. Il faut être très lucide : ce que je fais, ça a attire entre 25 et 70 personnes. Ça me va très bien, je vis très bien avec ça, je l'assume complètement. Mais du coup, il faut aussi adapter la formule à ce contexte-là et faire en sorte que ça soit rentable et que je ne perde pas d'argent avec ça. C'est une sorte de pragmatisme.

PB : Est-ce qu'il y a d'autres choses qui sont prévues par rapport à ce projet là ?

S : Je joue le 11 juillet en première partie de Babeth à Montpellier, je joue le 18 septembre à Montauban, en première partie de Joseph Arthur. Et puis j'ai une petite tournée qui s'annonce pour fin octobre.

PB : En concert, tu as joué trois reprises (Depeche Mode, Neil Young et Lemonheads. Je suppose qu'ils font partie de tes influences, mais j'avais vu aussi que tu avais des grosses influences des années 60...
S : Alors, la musique des années 60, je suis un peu bloqué là-dessus. C'est vraiment une musique que j'écoute très régulièrement. Quand je ne sais pas quoi écouter, je pioche là-dedans. Les Beatles, les Beach Boys, les Zombies, les Kings... Et puis, après, tous les groupes beaucoup plus obscurs de cette période, que je trouve géniaux. Les Easy Beats, ce genre de truc. Et puis, après, des trucs complètement obscurs qui s'appellent The Association, beaucoup plus underground. La première musique que j'ai vraiment écoutée quand j'étais ado, c'était la new wave. Au milieu des années 80, je me mets écouter de la musique, Depeche Mode, Simple Minds, Duran Duran, etc. Puis assez rapidement, Cure, Joy Division et tout ça. Et juste après ça, fin 80, je découvre le punk rock. Avec mon premier groupe de lycée, on reprend les Clash, les Ramones. Et là, je bascule sur des trucs beaucoup plus énergiques. Mais je suis systématiquement rattrapé par mes goûts en matière de pop et de mélodie. En fait, je n'ai jamais écouté des trucs trop bruitistes. Le punk, s'il n'y a plus de mélodie, ça ne m'intéresse plus. Et chaque fois, je suis rattrapé par ce truc là. En France, j'étais ultra fan des Thugs, qui avaient des belles mélodies de voix. J'étais ultra fan d'un groupe qui s'appelait "Mega City Four", un groupe anglais. Ce groupe-là a changé ma vision de la musique. Je me suis dit qu'on pouvait faire des trucs hyper bruitistes et violents et en même temps hyper mélodiques. Et en fait, je crois que le fil rouge de toute ma culture musicale, ce sont les mélodies. Alors évidemment, la folk aussi. J'aime aussi toute cette scène genre Wilco. J'aime bien Rufus Wainwright, Jason Faulkner. Tu vois cette scène-là américaine. J'adore Jonathan Richmann, les Modern Lovers. Leur premier album : énorme claque quand je l'ai découvert ! 

PB : Tu ne parles pas beaucoup de musique française, tu n'as pas beaucoup de influence de ce côté-là?
S : Non, pas beaucoup. Je n'écoute pas beaucoup de musique d'expression française. Pourtant, je joue dans Dionysos ;-) ! Qu'est-ce que je vais écouter en français ? Bertrand Belin, Bashung, Dominique A... Il y a 30 ans, j'ai beaucoup écouté toute la scène alternative française (Mano Negra, Shériffs, Parabellum, OTH...). Cela fait partie de ma culture musicale aussi... Mais finalement, en France, j'adore Taïti 80, H-Burns, des gens qui chantent en anglais, en fait...

PB : Si on devait écouter un morceau sur ton album, lequel faudrait-il écouter ? 
S : Country Walk

PB : Les textes, ils tournent autour de quoi ? 
S : Ce projet solo, c'est un exutoire. Donc je raconte ce qui m'arrive, ce que je ressens et je le mets en chanson, très modestement. Je ne cherche pas non plus à faire de la grande poésie. Je suis beaucoup plus exigeant avec moi-même sur tout ce qui est mélodie. Pour les textes, je reste sur quelque chose d'assez factuel. J'essaie d'y rajouter un petit peu de poésie, des jolis tournures. Je m'attache à ce que ça soit dans un anglais qui qui sonne bien...
Et concernant l'album, je voudrais rajouter que c'est ma fille qui a fait la photo de la pochette et j'en suis très très fier !

PB : Tu préfères le studio ou le live ?
S : Le live. Sans hésitation aucune. J'ai eu une expérience en studio un peu traumatisante en début de carrière. Depuis, je n'aime pas trop ça. Moi, le studio, il faut que ça soit relax, il ne faut pas qu'on me mette la pression. Je n'aime pas du tout la recherche de perfection. J'aime bien qu'il y ait des accidents sur les disques, qu'il y ait des défauts. Quand tu réécoutes les Beatles, les tempos, ils bougent. Dès fois, les choeurs ne sont pas complètement justes... J'aime bien la magie de l'instant.
Le dernier album de Dionysos, on l'a enregistré complètement live à l'ICP à Bruxelles. Comme c'était un Best of, qu'on rejouait des morceaux qu'on sait jouer, on a dû faire 5-6 prises par morceau. Ca, cela me plaisait.

PB : Tu as joué avec beaucoup de personnes et beaucoup de projets. Avec qui est-ce que tu rêverais de collaborer ?
S : Il est mort, mais Elliot Smith, j'aurais tellement aimé côtoyer ce mec-là, même si visiblement quand même, c'était pas un joyeux drille. Mais c'est un tel génie, ce mec-là. Aujourd'hui, un mec comme Andy Shauf, c'est lui qui est devenu mon phare, depuis la disparition d'Elliot Smith, dans ce style de musique.
Je suis aussi ultra fan d'Emiliana Torrini. J'aimerais tellement jouer avec elle. J'ai écouté son album "Fisherman's woman" un nombre incalculable de fois... Pendant des années, je me suis endormi en écoutant cet album. Tous les soirs... 
Après, pour ce genre de question, je pourrais aussi te lister 200 personnes !

PB : Quelle est l'importance des réseaux sociaux pour toi ? Tu as un compte Instagram mais même pas de Facebook...
S : Facebook, j'ai fait un rejet parce que j'ai été très actif sur Myspace et quand Facebook est arrivé, Myspace s'est fait dégager en quelques mois et tout le travail que j'avais fait sur Myspace pour développer un réseau sérieux de connaissances a été perdu ! Et cela m'a mis très en colère sur le moment. Et du coup, je ne suis resté pendant très longtemps sans aucun réseau sociaux. Instagram, j'ai bien aimé le format : tu fais un post, tu ne racontes pas ta vie, tu mets un petit commentaire... Ca m'a intéressé puis je me suis mis à me faire un petit réseau sur Instagram. Je me suis aussi limité à Instagram, car j'y passe déjà pas mal de temps... Et ce moyen est suffisant. 

PB : Et en dehors de la musique, quelles sont tes autres passions/hobbies ?
S : 
La cuisine !

PB : Manger ou faire ?
S : Les deux ! C'est la deuxième fois que je viens à l'Ancienne Fée Verte et franchement, avec Régis et Astrid (les hôtes du lieu), à chaque fois, on boit des superbes vins... Cette fois, on a bu un super rhum ! C'était vraiment fabuleux.
Et puis, en bon toulousain qui se respecte, j'aime beaucoup le rugby. Petit, j'ai joué, de 6 à 11 ans.

PB : Stéphane, je te remercie pour tes réponses et ta disponibilité !

 

Quelques photos du concert de Stephan à l'Ancienne Fée Verte (09/06/2025) : 

 

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